Les Jeux Olympiques de 1988

En 2018, la Corée du Sud a accueilli les Jeux Olympiques d’hiver. Mais revenons trente ans en arrière, quand la Corée du Sud accueillait les Jeux Olympiques d’été. 1988, un été pas comme les autres.

Les Jeux Olympiques d’été de Séoul ont eu lieu du 17 septembre au 2 octobre 1988. Ils ont mis la Corée du Sud sur le premier plan et lui ont permis de se démarquer. Ils ont changé l’histoire de ce pays.

Nous en avions déjà parlé rapidement sur cet article, je vous invite à aller le lire.

Une période de trouble

Les années qui précédèrent les Jeux ne furent pas des plus tranquilles pour le pays du matin calme. La guerre de Corée ayant ravagé le pays de 1950 à 1953, il a été nécessaire de se reconstruire. Le pays était connu pour sa forte croissance économique et son développement rapide. Au niveau politique cependant, c’était une dictature militaire. Chun Doo Wan (전두환), président depuis 1980 de la République de Corée, finalise la candidature pour accueillir les Jeux Olympiques de 1988, qui est acceptée en 1981 par le Comité Olympique, malgré la dictature présente dans le pays.

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Président Roh Tae Woo

En juin 1987, à un an des Jeux, la Corée du Sud connait le soulèvement démocratique de juin, avec des manifestations pour la démocratie dans le pays. Afin d’éviter la violence à la veille des Jeux, des élections sont organisées et Roh Tae Woo (노태우), candidat proposé par le Président Chun (pensant qu’il peut être élu à juste titre grâce aux clivages dans l’opposition), devient président en 1988, le premier de la Sixième République. Ces élections, malgré un nouveau président général et successeur des idées du Président Chun, permettent de satisfaire le peuple et de calmer la situation avant les Jeux.

Une nouvelle constitution, un nouveau suffrage pour les élections (le suffrage universel direct) et un nouveau président, c’est ainsi que débute l’année 1988 en Corée du Sud.

Un rassemblement pendant la Guerre Froide

En 1988, la Guerre Froide est encore d’actualité. Et la péninsule de Corée est un des exemples les plus frappants de cette période : séparée en deux pays, un soutenu par le bloc de l’ouest et les Etats-Unis (la Corée du Sud) et l’autre par le bloc de l’est et l’URSS (la Corée du Nord).

En 1980, les Jeux Olympiques de Moscou en URSS ont été boycottés par les pays de l’Ouest : les Etats-Unis, le Japon, le Canada… La France a soutenu le boycott, tout en autorisant ses athlètes à participer. En 1984, les Jeux ont été accueillis par les Etats-Unis à Los Angeles et ont été boycotté en retour par l’URSS et d’autres pays du bloc de l’est tels que la Libye et l’Iran.

Voici venu l’heure des Jeux Olympiques de 1988 à Séoul et cette fois, les deux blocs sont réunis. Malgré certains boycott de pays communistes tels que Cuba ou la Corée du Nord, c’est le retour des grandes puissances aux Jeux.

Vous pourrez y voir un symbole précurseur de la fin de la Guerre Froide, deux mois avant la déclaration de l’Estonie, un an avant la chute du mur de Berlin, deux ans avant la réunification de l’Allemagne et trois ans avant la fin de l’URSS. Dans ce contexte particulier de Guerre Froide, le sport et les Jeux Olympiques peuvent être un moyen d’entrer en compétition ou un moment de partage entre les nations. Vous y trouverez peut-être un rappel à notre article sur les Jeux Olympiques d’hiver de 2018.

Et la Corée du Nord ?

L’année 2018 est marquée par le rapprochement des deux Corée à la suite des Jeux Olympiques d’hiver de Pyeonchang. Il y a quelques jours, le 12 septembre 2018, le ministre des sports sud-coréen a annoncé la proposition d’accueillir les Jeux Olympiques d’été 2032 conjointement avec la Corée du Nord. Mais trente ans plus tôt, en 1988, l’histoire était bien différente de ce qu’elle est maintenant.

Aujourd’hui, la Corée du Nord est connue comme un pays pauvre, avec un peuple affaibli par un gouvernement dictatorial et une propagande intense. Mais dans les années 1980, les deux Corée étaient soutenues par les deux plus grandes puissances mondiales. Après les deux boycott des Jeux précédents, la Corée du Nord propose d’abord en 1985 d’accueillir les Jeux Olympiques conjointement avec la Corée du Sud, alors déjà officiellement hôte, avec une moitié des épreuves à Séoul et l’autre à Pyongyang. Le Comité Olympique refuse cependant et propose que les deux Corée marche sous un seul et même drapeau et participent à des activités culturelles ensemble pour montrer leur unité. Cela s’est produit en 2018, mais en 1988, les événements ne se sont pas déroulés de la même manière…

Aucun accord n’a pu être fait entre les deux pays et en 1986, la Corée du Nord a demandé le boycott des Jeux par le bloc de l’est. Cependant, ni l’URSS, ni la Chine n’a accepté ce boycott et la stratégie de la Corée du Nord a changé de nouveau et s’est tourné vers le sabotage des Jeux. En 1987, dix mois avant les Jeux, deux espions nord-coréens ont posé une bombe dans un avion entre Baghdad et Séoul, le Korean Air Flight 858, tuant ainsi les 115 personnes à bord, majoritairement des sud-coréens. Cela n’a cependant pas réussi a instauré le climat de peur voulu par la Corée du Nord. Avec la fin de la Guerre Froide et la chute de l’URSS, les Jeux Olympiques de 1988 commencent la descente pour la Corée du Nord.

Et les Jeux dans tout ça ?

Je ne ferais pas un retour sur tous les grands athlètes de 1988. Mais revenons sur quelques événements marquants pour le sport et les Jeux Olympiques.

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Les premières grandes affaires de dopage ont commencé pendant ces Jeux, avec le test positif au dopage de nombreux athlètes, dont le Canadien Ben Johnson, alors vainqueur du 100m en athlétisme.

Sur un point positif, c’est l’entrée aux Jeux pour sept pays, dont le Yémen et les Îles Cook. C’est aussi la mise en avant du Taekwondo (태권도), art martial coréen alors très peu connu et non représenté aux Jeux Olympiques : les démonstrations lors des cérémonies ont su impressionner les spectateurs étrangers avec la synchronisation des mouvements et les planches cassées par la force des hommes.

Mais le plus spectaculaire, c’est l’impact des Jeux Olympiques sur le pays et la société sud-coréenne. Sur le plan sportif, le succès de ces Jeux a ouvert la voie à différents grands événements tels que la Coupe du Monde de Football en 2002, qui fût aussi un événement marquant pour la société sud-coréenne. Sur le plan international, cela a fait découvrir la Corée du Sud au monde entier, alors pays mystère à la croissance économique miraculeuse. Les Jeux eux-mêmes ont aussi participé au développement du pays, en créant plus de 20 000 emplois, des appartements, des transports, une transformation digitale etc. Cette transformation a entraîné de nouvelles relations diplomatiques et économiques entre la Corée du Sud et le reste du monde et a affirmé sa présence dans le monde de la technologie.

Une nouvelle génération marquée ?

1988 marque un tournant dans l’histoire sud-coréenne. La génération née cette année (et après) n’a jamais connue l’ère dictatoriale d’avant les élections de 1987 et a grandi dans un pays développé, avec une reconnue mondiale et une économie stable. Le clivage avec la génération précédente devient alors important : les différences culturelles se multiplient. Parmi les reproches qui sont faits à cette nouvelle génération, le « c’était mieux avant » résonne fortement : une génération non concernée par la réunification, individualiste, qui n’a pas souffert pour développer le pays, sans but et marquée par la mondialisation. 1988 a permis un développement important et est arrivé pendant une croissance exceptionnelle, mais aujourd’hui, cette génération née de cette année décisive a perdu les valeurs pour lesquelles se sont battues leurs parents.KOR9788995995204

C’est surtout la génération qui souffre aujourd’hui d’une pénurie de l’emploi pour les jeunes diplômés, ou la « génération 880 000 wons » (88만원 세대, terme venant du livre du même nom) : l’équivalent d’environ 700 euros pour vivre. Nous en avions parlé dans l’article sur l’anniversaire de l’élection de Moon Jae-In, le chômage chez les jeunes diplômés est un des enjeux de la Corée du Sud actuelle.

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Pour ceux qui regardent des dramas ou des films coréens, cette référence à 1988 et à cette génération de jeunes diplômés sous-employés et de perte d’espoir, apparaît régulièrement. Je vous invite à regarder Misaeng (미생) sur les difficultés de l’emploi en Corée chez les jeunes, ou plus récemment Strongest Delivery Man (최강 배달꾼) sur cette génération qui n’a plus d’espoir pour son pays.

L’anecdote de fin

Comme expliqué précédemment, quelques pays ont tout de même boycotté les Jeux Olympiques de 1988 aux côtés de la Corée du Nord, malgré un non alignement de la part de l’URSS et la Chine. C’est le cas de Madagascar qui a annulé sa participation.

Dans le drama Reply 1988 (응답하라 1988), l’héroïne, jouée par Hyeri de Girl’s Day, doit être porte-piquet de Madagascar lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux et s’entraîne intensément pour son rôle mais le boycott du pays change quelque peu les choses.

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Extrait du drama Reply 1988

En 2018, Madagascar participe aux Jeux Olympiques d’hiver à Pyeongchang, avec un seul athlète. Hyeri s’est alors vu proposer d’être la porte-piquet pour la délégation malgache. Elle n’a finalement pas été en mesure d’accepter, à cause d’un emploi du temps qui ne correspondait pas. Un clin d’œil amusant à ces Jeux de 1988 et ce drama !


Dites nous en commentaires ce que vous avez appris, les anecdotes que vous avez sur cet événement et les autres événements dont vous voudriez qu’on parle !

Lola


88Pour ceux qui sont sur Séoul, il y a une exposition sur les JO de 88 au Seoul Museum History. Elle est gratuite et présente jusqu’au 14 octobre 2018.

Vous pourrez y voir des photos, des objets tels que des tickets d’entrée et des répliques de médailles, des vidéos de cet événement… Les différentes épreuves sont présentées sous la forme d’un grand livre photo.
Vous découvrirez aussi comment était le terrain qui a accueilli les installations urbaines et sportives pour ces Jeux et l’impact que ça a eu pour la capitale coréenne. Petite info, une partie de la rivière Han a été détournée et une île s’est vue disparaître pour créer tout cet espace.

Lien vers plus d’information ici !

Céline


Sources : Deutsche Welle, PoliticoMagazine, Soompi, InsideTheGames, TaipeiTimes, History, WilsonCenter, Folio

 

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